Résidence principale : un incontournable de la saison des impôts
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Lors de la saison d’impôt des particuliers, plusieurs clients et clientes font appel à un ou une CPA pour produire leurs déclarations de revenus.
En tant que professionnel ou professionnelle offrant des services de préparation de déclarations de revenus, vous devez connaître les concepts fondamentaux entourant les résidences principales ainsi que l’exemption pour résidence principale1 et développer vos réflexes afin de vous assurer de bien servir votre clientèle et respecter le régime fiscal.
Selon les résultats du Fonds d’indemnisation, plusieurs cas d’inobservations ont été remarqués concernant l’omission de produire les formulaires fiscaux de désignation d’un bien comme résidence principale (T2091IND et TP-274).
Les sections qui suivent permettent de mieux comprendre l’exemption pour résidence principale, les règles afin de s’en prévaloir ainsi que les choix possibles à l’égard d’une résidence principale.
1) Le bien est admissible à titre de résidence principale
2) Le contribuable doit être propriétaire, seul ou conjointement, du bien
3) Le logement est normalement habité
4) Un seul bien est désigné comme résidence principale par année d’imposition donnée
Calcul de l’exemption

Comment se prévaloir de l’exemption?
Il est à noter que, puisqu’il s’agit d’un bien à usage personnel, la perte réalisée sur la vente d’une résidence principale est généralement réputée nulle.
Si les déclarations de revenus sont produites en format papier, les formulaires doivent être remplis, signés et transmis avec les déclarations de revenus. Si elles sont produites de façon électronique, le contribuable doit conserver le formulaire dûment rempli et signé pour le fournir aux autorités fiscales sur demande5.
Rappelons que l’omission d’indiquer la disposition dans les déclarations de revenus, même si le gain en capital est pleinement exempté, fait en sorte que le délai de prescription usuel de trois ans ne commence pas à courir.
Production tardive
Pénalités
Revente précipitée
Toutefois, certains éléments de vie font que la règle sur les revenus précipités ne trouve pas application. Voici quelques exemples8 :
- Le décès du propriétaire ou d’une personne qui lui est liée;
- L’échec d’un mariage ou d’une union de fait;
- L’ajout d’une personne à la bulle familiale (conjoint, enfant…);
- Une maladie grave;
- Un déménagement pour le travail ou une perte d’emploi;
- L’insolvabilité.
Dans ces circonstances, le gain est un gain en capital (imposable à 50 %) et l’exemption pour résidence principale peut être utilisée, si les conditions susmentionnées sont respectées.
Il est important de noter que, même si la résidence a été détenue pour une période de plus de 365 jours, le gain réalisé peut tout de même être qualifié de revenu d’entreprise. Ainsi, le fait d’avoir possédé la maison 366 jours ne qualifie pas pour autant le gain comme de nature capitale.
Revenu d’entreprise
Déterminer si le gain résultant de la disposition d’un immeuble résidentiel constitue du revenu d’entreprise, plutôt que du gain en capital, est une question de fait.
Outre les règles claires sur les reventes précipitées, il faut prendre en considération, entre autres, les éléments suivants9 :
- l’intention du contribuable au moment de l’achat;
- la mesure dans laquelle l’intention du contribuable est réalisée;
- la nature de l’entreprise, de la profession ou de l’occupation du contribuable et ses connaissances;
- la période de détention par le contribuable;
- les modalités et l’utilisation du financement;
- les facteurs ayant motivé la vente du bien.
Cette qualification est importante, car advenant que le gain sur la disposition d’une résidence constitue un revenu d’entreprise plutôt qu’un gain en capital, le contribuable ne pourra se prévaloir de son exonération pour résidence principale. Ainsi, un gain qu’il croyait exonérer en totalité pourrait plutôt être imposable en totalité.
Rappelons qu’un contribuable n’a pas à travailler dans le domaine de la construction résidentielle pour avoir un revenu d’entreprise et que la vente de même une seule habitation peut donner lieu à un revenu d’entreprise.
Si aucun choix n’est produit et qu’une partie ou la totalité de la résidence est convertie en un bien générateur de revenu, le coût en capital pour les fins de la déduction pour amortissement (DPA) correspond à la JVM du bien à la date de changement d’usage, sauf si celle-ci est plus élevée que le coût initial. À ce moment, le coût en capital correspondra plutôt au coût initial plus la partie imposable du gain en capital.
Rappelons que le contribuable est tenu non seulement de déclarer le gain en capital découlant du changement d’usage, mais également de déclarer ses revenus d’entreprise ou locatifs, nets des dépenses admissibles, dans ses déclarations de revenus.
Comme nous le verrons dans les paragraphes qui suivent, le traitement fiscal, et les choix possibles dépendront du type de changement d’usage.
Des choix tardifs peuvent être faits, sous réserve des pénalités.
1. Changement complet : Résidence personnelle devenant un bien générateur de revenus10
2. Changement complet : Bien générateur de revenus devenant une résidence principale
De plus, le contribuable pourra considérer le logement comme normalement habité jusqu’à un maximum de quatre années pour les années où ce dernier était loué. Les années ainsi désignées ne devront pas avoir été désignées par un membre de l’unité familiale pour un autre immeuble.
Le choix n’est pas permis si une DPA a été demandée à un moment quelconque, après 1984, à l’égard du bien.
3. Changement partiel
- Le bien est principalement utilisé comme résidence principale et ne sert que de façon accessoire à produire un revenu;
- Aucun changement structurel n’est apporté au bien;
- Aucune DPA n’a été demandée à l’égard du bien.
Depuis mars 2019, il est possible d’exercer les choix selon les paragraphes 45(2) et 45(3) LIR lorsque le changement d’usage est partiel. Ces choix ne sont toutefois pas possibles sur la partie du bien qui est ensuite convertie à nouveau.
Bureau à domicile
Séparation
Si le choix de vendre à la JVM est fait, le conjoint cédant peut prendre son exemption pour résidence principale. Cependant, toutes les années de vie commune qui sont désignées à titre de résidence principale par ce conjoint devront également l’être par l’autre conjoint lorsqu’il vendra la résidence à son tour.
S’il y a plus d’une résidence, les ex-conjoints devront s’entendre sur quelle résidence sera désignée comme résidence principale pour les années de vie commune. Il est recommandé de consigner cette entente par écrit.
Rappelons que les conjoints légalement mariés, mais vivant séparés sans accord de séparation, font partie de la même bulle familiale. Ainsi, pour les années où ils vivent séparés, sans accord de séparation, ils ne pourront désigner plus d’un bien à titre de résidence principale.
Certificat 116
Décès
Si la perte en capital ne peut être utilisée dans les déclarations de revenus de la succession, les liquidateurs peuvent faire le choix, si les conditions sont respectées, de reporter la perte15 dans les déclarations de revenus finales du défunt. Cette perte pourra être utilisée à l’encontre de tous les revenus.
Subdivision et vente d’une partie du terrain
Plusieurs contribuables pensent, à tort, que la disposition de leur résidence n’entraîne pas de conséquences fiscales et donc ces informations ne sont pas communiquées au préparateur des déclarations de revenus. En tant que CPA, il est important de vous outiller pour être avisé de cette disposition et ainsi refléter le tout adéquatement dans les déclarations de revenus de votre client. Ainsi, vous devriez adopter les bonnes pratiques suivantes :
- Questionnez votre client si son adresse a changé au cours de l’année;
- Prévoyez des questions spécifiques sur la disposition de la résidence principale et sur les changements d’usage ainsi que les documents qui sont requis pour vous permettre de compléter les obligations fiscales en découlant17;
- Validez la superficie du terrain;
- Dans le cas où plus d’une propriété est détenue par le contribuable, pensez à maximiser l’exonération et n’oubliez pas le « +1 » dans l’équation;
- Généralement, cette analyse s’effectue en déterminant la propriété ayant la plus-value annuelle la plus importante.
- Vérifiez auprès du client si lui ou son conjoint possède une autre résidence;
- Effectuez l’analyse appropriée pour statuer sur la nature du revenu (gain en capital ou revenu d’entreprise) et assurez-vous de documenter l’analyse ainsi effectuée;
- Sensibilisez les clients sur :
- les effets d’une disposition ou d’un changement d’usage;
- l’importance de conserver les pièces justificatives entourant les améliorations locatives apportées à leur(s) résidence(s). Ceci facilite l’établissement du PBR lors de la revente et peut avoir une incidence sur la propriété qui fera l’objet d’une désignation.
La détention de biens immobiliers peut avoir des répercussions importantes et chaque situation est différente. Ainsi, en tant que CPA, vous devez demeurer à l’affût des règles applicables et de la conformité s’y rattachant. En plus des incidences en matière d’impôt personnel, il pourrait y avoir des particularités quant aux taxes sur l’immobilier qui sont complexes et doivent faire l’objet d’une analyse. Certaines situations peuvent engendrer la remise de taxes, une obligation d’inscription aux taxes sur l’hébergement ou aux taxes à la consommation (TPS/TVH et TVQ) ou une vente ultérieure taxable de l’immeuble.
Rappelons que, conformément à l’article 19 du Code de déontologie des CPA, si vous n’avez pas les connaissances requises ou si la situation est plus complexe, vous devez faire appel à un fiscaliste ou à un expert.
1. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter les pages Web de l’Agence du Revenu du Canada (ARC) et de Revenu Québec (RQ) sur le sujet.
2. Folio de l’impôt sur le revenu S1-F3-C2, par. 2.74.
3. Folio de l’impôt sur le revenu S1-F3-C2, par. 2.33 à 2.35.
4. Articles 284, 286.1 et 286.2 de la Loi sur les impôts du Québec (« LI »).
5. Il est recommandé que le CPA en conserve également une copie afin de documenter adéquatement le dossier du contribuable
6. Art. 1056.6 LI.
7. Par. 220(3.5) LIR.
8. Pour une liste exhaustive et des exemples, veuillez consulter les paragraphes 2.6.1 à 2.6.6 du Folio de l’impôt sur le revenu S1-F3-C2 et la page Web de RQ.
9. Pour plus d’informations, veuillez consulter le Bulletin d’interprétation IT-218R (archivé).
10. Le « bien générateur de revenus » peut être pour des revenus locatifs ou des revenus d’entreprise.
11. Art. 285 LI.
12. Art. 286.1 LI.
13. Folio de l’impôt sur le revenu S1-F3-C2, par. 2.57 à 2.60.2.
14. Formulaires T2062 au fédéral et TP-1097 au Québec. Une copie des formulaires de désignation doit être jointe à ces formulaires.
15. En vertu du paragraphe 164(6) LIR et de l’article 1054 LI.
16. La désignation se fait en remplissant les formulaires T2091IND et TP-274. Le gain en capital doit également être indiqué aux annexes 3 et G des déclarations de revenus.
17. L’Ordre des CPA du Québec a développé une liste de contrôle qui peut vous aider dans la saison des déclarations de revenus personnelles.
À propos de l’autrice
Julie Lacoursière, CPAAssociée, Blain, Joyal, Charbonneau S.E.N.C.R.L.
Associée chez Blain, Joyal, Charbonneau S.E.N.C.R.L. depuis 2021, elle a également été chargée de cours à l’Université de Sherbrooke de 2010 à 2012. Grâce à son expertise et à son engagement soutenu, elle contribue activement au groupe de travail technique sur la fiscalité et les taxes à la consommation de l’Ordre des CPA du Québec depuis octobre 2020 et elle est membre du comité des activités régionales de la Rive-Sud de l’APFF depuis 2021.
En collaboration avec :
Julie Chamoun, M. Fisc., CPA
Conseillère en fiscalité, Ordre des CPA du Québec
Josée Messier, CPA
Directrice, Pratique et développement professionnels – Fiscalité, Ordre des CPA du Québec