Cryptoactifs et conformité fiscale : ce que vous devez savoir

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Selon une étude publiée par Hellosafe, une plateforme spécialisée dans l’analyse comparative de données financières, 13 % des Canadiens détenaient des cryptoactifs en 2024, comparativement à 4 % en 2019, soit une augmentation de 225 % en cinq ans. 

Contrairement aux plateformes de courtage traditionnelles, où les données sont déjà préparées pour les fins fiscales, les transactions de cryptoactifs doivent d’abord être examinées et organisées avant de pouvoir être utilisées.

Cet article présente sommairement les sources de données des cryptoactifs ainsi que la validation des données et des transactions. Nous y abordons également la nature des revenus, la façon de déclarer ceux-ci ainsi que les aspects de conformité fiscale découlant de la détention de cryptoactifs. Cet article ne couvre pas les activités de minage.

Les exigences déontologiques

Rappelons qu’en tant que CPA, vous êtes tenus de respecter le Code de déontologie des CPA

Ainsi, avant de débuter un mandat pour un client qui détient des cryptoactifs, vous devriez adopter les réflexes suivants : 

  • Dès le début du mandat, déterminer les modalités, l’étendue et les conditions du mandat et obtenir le consentement du client1;
    • À cet effet, la lettre mandat est le meilleur outil pour conserver un document écritdétaillant la description du travail à effectuer et le consentement du client.
  • En ayant une bonne connaissance des sources de données de cryptoactifs, vous serez mieux outillés pour :
    • orienter le client vers le bon endroit pour la cueillette de l’information;
    • vous assurer que les données du client sont plausibles en faisant preuve de diligence et de jugement;
    • réduire le risque de s’associer à des données fausses ou trompeuses3.

Avant d’accepter un mandat contenant des cryptoactifs, il est primordial que vous vous assuriez d’avoir les compétences requises4 pour rendre les services proposés.

Sources de données
L’enjeu crucial dans l’analyse d’un dossier comportant des cryptoactifs consiste à recenser l’ensemble des adresses et des plateformes, tant centralisées que décentralisées, utilisées par le contribuable, afin d’obtenir les historiques de transactions complets pour chacune de ces sources.
 
Il est important de spécifier, dans la lettre mandat, que le recensement des données incombe au contribuable.
 
Cette étape est essentielle pour déterminer le coût fiscal (coût d’acquisition ou prix de base rajusté [PBR]) du cryptoactif. Omettre une adresse ou une plateforme peut occasionner une détermination inexacte des pertes ou des profits liés aux cryptoactifs.
Les transactions impliquant des cryptoactifs proviennent généralement des sources suivantes :
  • Les portefeuilles contrôlés par le contribuable;
  • Les plateformes d’échange centralisées;
  • Les plateformes décentralisées. 

Portefeuilles contrôlés par le contribuable

Un portefeuille contrôlé par le contribuable désigne un portefeuille pour lequel le contrôle des clés privées est détenu par ce dernier, lui conférant la capacité exclusive d’autoriser les transactions liées aux cryptoactifs conservés dans le portefeuille en question.
Un portefeuille ne correspond pas nécessairement à une seule adresse : un même portefeuille peut en générer plusieurs, chacune pouvant comporter des transactions distinctes.
 
Dresser un inventaire complet de celles-ci est donc essentiel pour assurer l’exhaustivité des données à analyser.
 

Plateformes centralisées

Les plateformes d’échange centralisées jouent un rôle central dans l’écosystème des cryptoactifs et constituent, pour de nombreux contribuables, la principale porte d’entrée entre la finance traditionnelle et l’univers des cryptoactifs. Elles permettent notamment l’achat et la vente de cryptoactifs contre des monnaies fiduciaires comme le dollar canadien ou américain, la conversion entre différents cryptoactifs, ainsi que le dépôt et le retrait de fonds par l’intermédiaire du système bancaire traditionnel.
Contrairement aux portefeuilles contrôlés par le contribuable, les plateformes d’échange centralisées conservent généralement les actifs pour le compte de l’utilisateur et tiennent un registre interne des transactions. Bien que ces plateformes fournissent des historiques transactionnels, il demeure essentiel de vérifier la qualité, l’exhaustivité et la cohérence des données obtenues. En pratique, cela implique de s’assurer que l’ensemble des comptes détenus par un contribuable sur une même plateforme a été identifié et que les historiques complets ont été obtenus pour chacun de ces comptes, puisque chaque compte possède son propre historique transactionnel. Il convient donc de valider que toutes les catégories de transactions, soit les achats, les ventes, les échanges, les dépôts, les retraits et les frais, sont incluses dans les données analysées.
 
La validation des soldes détenus sur les plateformes d’échange centralisées à la fin de l’année constitue une étape clé de l’analyse. Les soldes déclarés par le contribuable devraient être corroborés avec des relevés fournis par la plateforme ou, en l’absence de tels relevés, appuyés par des captures d’écran ou d’autres éléments probants, afin de détecter d’éventuelles incohérences ou omissions et d’assurer l’exactitude des calculs.
 

Plateformes décentralisées et applications DeFi

Les plateformes décentralisées et les applications de finance décentralisée (DeFi) permettent d’effectuer des transactions et des opérations financières sans intermédiaire, directement à partir de portefeuilles contrôlés par le contribuable. Ces applications reposent sur des contrats intelligents, lesquels correspondent à des adresses programmées sur une chaîne de blocs vers lesquelles les utilisateurs transfèrent leurs cryptoactifs. Ces adresses exécutent des fonctions préprogrammées (par exemple, dépôt, échange, prêt, remboursement ou retrait) lorsque certaines conditions sont remplies. Il est important de noter que les plateformes et applications décentralisées publient généralement des documents de référence (couramment appelés whitepapers) décrivant le fonctionnement du protocole, ses mécanismes opérationnels et, dans certains cas, la nature juridique de l’utilisation de la plateforme. Ces documents peuvent constituer une source d’information utile afin de mieux comprendre la nature des opérations effectuées et d’en apprécier les incidences fiscales.
 
Certaines applications décentralisées permettent aux utilisateurs de déposer des fonds, notamment à des fins de négociation, de prêt, d’emprunt, de fourniture de liquidités ou pour générer du rendement. Il est donc essentiel de bien comprendre la nature économique des opérations effectuées afin de déterminer correctement leurs incidences fiscales. Certaines plateformes décentralisées offrent également la possibilité d’exporter des historiques de transactions, qui peuvent constituer une source de données précieuse, puisqu’ils sont généralement plus structurés et plus détaillés que les informations directement observables sur la chaîne de blocs5.
 
Ces documents doivent toutefois être analysés et validés avec les transactions inscrites sur la chaîne de blocs afin d’en assurer l’exhaustivité et l’exactitude.
 
Enfin, l’analyse des opérations effectuées sur des plateformes décentralisées requiert une attention particulière, puisque les flux transactionnels peuvent inclure des opérations complexes (dépôts, retraits, échanges, frais, distributions de revenus, liquidations de positions, etc.). L’enjeu consiste à comprendre la nature des opérations sous-jacentes afin de déterminer si celles-ci entraînent des dispositions, des revenus ou d’autres conséquences aux fins fiscales, et d’assurer un traitement approprié.
Validation des transactions et traitement fiscal
Il convient de procéder à une analyse des données, notamment afin de confirmer que la somme des transactions recensées concorde avec les soldes de fin d’année figurant aux documents de référence fournis par les plateformes d’échange centralisées et aux informations disponibles directement sur les chaînes de blocs. Cette étape vise à s’assurer que l’information financière utilisée aux fins du traitement fiscal est complète et cohérente. 
 
Il est fondamental, lors de l’établissement du rôle et des responsabilités des parties, de déterminer à qui cette validation incombe et quel est votre devoir à cet effet.
 
Une fois les données transactionnelles validées, les transactions peuvent alors être segmentées selon leur nature et analysées à la lumière des principes fiscaux, de la jurisprudence et des interprétations techniques applicables. 
 
La validation des données, l’analyse des transactions et la détermination de la nature du revenu sont des tâches qui peuvent être effectuées par vous et/ou par votre client. Il est donc important de préciser le rôle et les attentes de chaque partie pour ces étapes dans la lettre mandat. Dans tous les cas, la collaboration entre vous et votre client est primordiale.
 

Validation des données

Il s’agit d’une étape clé dans l’analyse d’un dossier comportant des cryptoactifs. Cette validation repose d’abord sur l’obtention de l’ensemble des transactions effectuées au cours de la période visée, incluant les acquisitions, dispositions, échanges, transferts et frais connexes. Toute donnée manquante à ce stade est susceptible d’entraîner des écarts dans les soldes et de compromettre l’analyse fiscale subséquente. 
 
Les données transactionnelles doivent être organisées et segmentées par adresse, par chaîne de blocs et par plateforme d’échange centralisée, de manière à permettre un rapprochement clair entre les transactions et les soldes détenus. Cette approche permet notamment de concilier les soldes d’ouverture et de fermeture par actif, la cohérence entre les soldes déclarés par le contribuable et ceux observables sur les chaînes de blocs ou les plateformes, ainsi que l’identification d’anomalies telles que des soldes négatifs ou des écarts inexpliqués.
 
La présence de quantités négatives pour un actif donné constitue généralement un indicateur de données manquantes, incomplètes ou incorrectement traitées.
 
Cette démarche permet ainsi de confirmer l’exhaustivité et la cohérence des données, tout en mettant en évidence rapidement des erreurs de classification ou des transactions manquantes qui devront être corrigées avant de procéder à l’analyse fiscale détaillée.

Analyse des transactions

Une fois les données transactionnelles validées, une segmentation des transactions par type peut être effectuée afin de s’assurer que le traitement fiscal de chaque type de transactions est approprié. 
 
Comme l’indique le site Web de l’ARC, Renseignements pour les utilisateurs de cryptoactifs et les professionnels de l’impôt, il y a disposition d’un cryptoactif, notamment lorsque celui-ci est :
  • vendu;
  • échangé contre une monnaie fiduciaire ou contre un autre cryptoactif;
  • utilisé pour acheter des biens ou des services;
  • transféré au moyen d’un cadeau ou d’un don. 

Il est donc indispensable de considérer l’ensemble des transactions afin de calculer adéquatement les gains et pertes découlant de la détention de cryptoactifs. Le fait de ne considérer que les dépôts et retraits ne constitue pas une méthode acceptée par les autorités fiscales. Un suivi complet des transactions doit être effectué et la perte ou le gain doit être calculé pour chaque transaction constituant une disposition.

Comptes de délégation

Certaines plateformes d’échanges centralisées permettent à leurs utilisateurs de déposer leurs cryptoactifs détenus sur la plateforme dans un compte de délégation, ce qui leur permet de générer du rendement sur leur actif. Selon l’interprétation technique 2024-1031821I76, le dépôt de cryptoactifs pour fins de délégation via des plateformes enregistrées auprès de l’Autorité canadienne en valeurs mobilières ne constitue pas une disposition, puisque le déposant maintient la propriété effective des actifs déposés. Ainsi, le rendement généré doit être inclus au revenu en vertu de l’article 9 de la Loi de l’impôt sur le revenu (LIR) au moment où le rendement est déposé dans le compte du contribuable sur la plateforme. La catégorisation de ce revenu, en revenu d’entreprise ou en revenus de biens, doit être déterminée en considérant tous les faits entourant la situation du contribuable tel que nous le verrons plus loin.  

Inventaire de cryptoactifs

Selon l’interprétation technique 2025-1050641E57, lorsque les cryptoactifs détenus par un contribuable se qualifient d’inventaire, il est possible de les évaluer au plus faible du coût et de la JVM, conformément au paragraphe 10(1) de la LIR. Toutefois, lorsque ces actifs sont considérés comme faisant partie d’un projet comportant un risque, cette réévaluation n’est pas permise, les biens doivent être évalués au coût d’acquisition en vertu du paragraphe 10(1.01) de la LIR.

Nature du revenu

Une fois les transactions de dispositions identifiées, il est primordial de procéder à l’analyse de la nature du revenu afin de déterminer si les dispositions doivent être déclarées à titre de revenus (pertes) d’entreprise ou à titre de gains (pertes) en capital. Plusieurs facteurs doivent être pris en considération dans cette analyse. 
 
La qualification du revenu étant une question de fait et d’interprétation, il s’agit d’un des éléments le plus susceptible d’être contesté par les autorités fiscales. Il est donc important de documenter l’analyse effectuée et les conclusions en découlant. 
 
Cette analyse, si elle est effectuée par vous, doit absolument être discutée avec votre client et son accord avec les conclusions devrait être consigné au dossier par écrit.
 
Afin de déterminer si les revenus tirés des cryptoactifs constituent des revenus d’entreprise, il faut analyser la ligne de conduite du client. Les facteurs suivants, repris sur le site de l’ARC8, peuvent indiquer l’exploitation d’une entreprise par le client :  
 
1. Un historique de ventes et d’achats fréquents de cryptoactifs;
2. La détention des cryptoactifs sur une courte période avant leur disposition;
3. Les connaissances et l’expérience du client des marchés de cryptoactifs;
4. Le temps consacré par le client à l’analyse ou au suivi des marchés de cryptoactifs;
5. Le financement des acquisitions de cryptoactifs par une forme d’endettement;
6. La publicité effectuée par le client en lien avec ses activités de cryptoactifs. 
 
Rappelons que l’analyse s’effectue au cas par cas et qu’elle doit prendre en considération tous les facteurs de la transaction. Toutefois, même un seul facteur pourrait suffire à déterminer les activités du contribuable. De plus, une transaction isolée peut être considérée comme un revenu d’entreprise si elle présente un caractère commercial.
 
Si, à la suite de l’analyse, il est conclu que la transaction de cryptoactifs n’a pas été effectuée à titre de revenus d’entreprise, elle est généralement considérée comme de nature capitale.

Déclarations des revenus (pertes) d’entreprise

Les revenus (pertes) d’entreprise sont imposables (déductibles9) à 100 % et doivent être traités comme suit, selon le type de contribuable et le palier gouvernemental :
  Fédéral Québec
Particuliers

Inclure dans le formulaire T2125.

Reporter le revenu net à la ligne 13500 de la déclaration T1.

Indiquer, par type de cryptoactif, à la section 4.2 du formulaire TP-21.4.39.

L'information devrait se reporter automatiquement aux lignes 16.1 et 26.1 de l’Annexe L et à la ligne 164 de la TP-1.

 
Sociétés Inclure dans les revenus bruts et les revenus nets de l’Annexe 1.

Indiquer, par type de cryptoactif, à la section 4.2 du formulaire TP-21.4.39.

Inclure dans les revenus bruts et les revenus nets de la CO-17.A.1.

 

Déclaration des gains (pertes) en capital

Les gains (pertes) en capital sont imposables (déductibles10) à 50 % et doivent être traités comme suit, selon le type de contribuable et le palier gouvernemental : 
  Fédéral Québec
Particuliers

Indiquer aux lignes 15200 et 15301 de l’annexe 3.

Reporter le total des gains en capital imposables à la ligne 12700 de la déclaration T1.

Indiquer, par type de cryptoactif, à la section 4.1 du formulaire TP-21.4.39.

Reporter l’information à la ligne 21 de l’Annexe G et, si le total des gains en capital imposables est positif, à la ligne 139 de la TP-1.

 
Sociétés

Indiquer à la section 4 « Autres biens » de l’Annexe 6.

Reporter le total des gains en capital imposables à la ligne 113 de l’Annexe 1.

Indiquer, par type de cryptoactif, à la section 4.1 du formulaire TP-21.4.39.

Reporter l’information à l’Annexe CO-17S.232 et à la ligne 40 du formulaire CO-17.A.1.

 

Particularités du Québec

Au Québec, que le revenu découlant de la disposition de cryptoactifs constitue du revenu (perte) d’entreprise ou du gain (perte) en capital, le formulaire TP-21.4.39 doit être rempli, et ce, en regroupant les types de cryptoactifs (et non en détaillant les transactions). Comme précisé dans les tableaux précédents, l’information est, selon le cas, reportée ailleurs dans la déclaration de revenus ou elle constitue un complément d’information pour RQ.
 
Il est important de noter que même si vous n’avez pas effectué de transactions avec vos cryptoactifs, vous devez remplir ce formulaire dès que vous détenez des cryptoactifs
 
En plus de remplir le formulaire TP-21.4.39, vous devez vous assurer de répondre « oui » à la question relative aux cryptoactifs qui figure dans la déclaration de revenus, soit :
  • à la ligne 24 de la TP-1 s’il s’agit d’un particulier;
  • à la ligne 19b de la CO-17 s’il s’agit d’une société. 
Conformité fiscale11
Au-delà de l’analyse des transactions et de leur traitement fiscal tel qu’abordés précédemment, les contribuables doivent respecter diverses obligations fiscales relatives à la tenue de registres, aux taxes à la consommation ainsi qu’aux formulaires fiscaux à remplir en lien avec leurs activités relatives aux cryptoactifs.

Maintien des registres

Peu importe la nature du revenu, les registres en lien avec les cryptoactifs doivent notamment permettre d’identifier, pour chaque transaction :
  • le type et la quantité de cryptoactifs;
  • la date et l’heure de la transaction;
  • la JVM en dollars canadiens au moment de l’opération;
  • la description de l’opération et de l’autre partie (même s’il ne s’agit que de son adresse de cryptomonnaie);
  • les adresses de portefeuilles utilisées;
  • les plateformes impliquées;
  • les soldes détenus au début et à la fin de chaque année d’imposition12.
Bien que les transactions associées à une adresse de portefeuille soient généralement accessibles sur une chaîne de blocs à l’aide d’explorateurs publics, ces données ne constituent pas, à elles seules, des registres suffisants.
 
Le contribuable demeure responsable de documenter la substance des opérations, d’expliquer les flux transactionnels et de conserver les éléments nécessaires pour soutenir les calculs fiscaux, notamment les rapports exportés des plateformes, les reçus d’achat ou de transfert, les fichiers générés par des logiciels spécialisés et les documents relatifs aux frais engagés (comptables, juridiques et administratifs).
 
Il est recommandé de conserver les registres sous format électronique. Ceux-ci doivent être conservés pendant au moins six ans suivant la fin de l’année d’imposition à laquelle ils se rapportent. Compte tenu des risques liés à la perte d’accès aux plateformes ou à leur cessation d’activités, il est recommandé d’exporter et d’archiver régulièrement les historiques de transactions.

Déclaration relative aux cryptoactifs (TP-21.4.39)

Le formulaire TP-21.4.39 (introduit en 2024) doit être produit à RQ avec la déclaration de revenus par tout particulier ou société qui, au cours d’une année d’imposition ou d’un exercice financier donné :
  • possède des cryptoactifs;
  • reçoit ou aliène des cryptoactifs (vente, cession, échange, don, etc.);
  • utilise des cryptoactifs dans le cadre d’une transaction;
  • reçoit des récompenses provenant d’activités de minage ou de délégation (staking) de cryptoactifs.
Au moment de la rédaction de cet article, l’ARC n’a pas de formulaire équivalent. 
 
Des pénalités peuvent s’appliquer, notamment, en cas d’omission de production du formulaire (25 $ par jour jusqu’à concurrence de 2 500 $) ou en cas d’omission de fournir des renseignements ou en fournissant des renseignements erronés (100 $ par renseignement).

Biens étrangers

Un particulier ou une société qui, à un moment de l’année, a détenu pour un coût total de plus de 100 000 $ de biens étrangers doit remplir et produire les formulaires prescrits, soit le Bilan de vérification du revenu étranger (T1135) au fédéral et la Déclaration relative à la détention de biens étrangers (TP-1079.8.BE) au Québec13.
 
Les cryptoactifs qui doivent être déclarés dans ces formulaires sont ceux « situés, déposés ou détenus à l’extérieur du Canada »14
 
Des pénalités peuvent s’appliquer, notamment, en cas d’omission de production du formulaire (25 $ par jour jusqu’à concurrence de 2 500 $).

Taxes à la consommation15

Selon ses activités de cryptoactifs, un contribuable pourrait être tenu de s’inscrire aux fichiers de la TPS/TVH et de la TVQ, de produire les déclarations requises et de remettre les taxes16. Rappelons que le seuil de petit fournisseur (30 000 $) doit être analysé en considérant toutes les fournitures taxables effectuées par le contribuable et par tous ses associés, sur une base mondiale. 
 
Lorsque des cryptoactifs sont vendus, la vente peut, si certains critères sont respectés17, constituer une fourniture exonérée, c’est-à-dire une fourniture sur laquelle la TPS/TVH et la TVQ ne s’appliquent pas. 
 
Considérant la complexité des taxes à la consommation et les nombreux articles de loi visant l’exonération ou la détaxation, il est important de consulter un spécialiste pour s’assurer d’appliquer le traitement adéquat en ce qui concerne les taxes à la consommation et de documenter les positions prises.

Conclusion

Les dossiers comportant des cryptoactifs requièrent des CPA une compréhension à la fois technique et fiscale de réalités qui diffèrent sensiblement des placements traditionnels. L’identification rigoureuse des sources de données, la validation méthodique des transactions, la qualification adéquate des opérations et le respect des obligations de conformité fiscale sont essentiels afin d’assurer un traitement fiscal exact et défendable.

Dans un contexte où les pratiques, les technologies et les positions administratives évoluent rapidement, une approche structurée et documentée demeure le meilleur outil pour accompagner adéquatement les clients et atténuer les risques fiscaux liés aux cryptoactifs.

Il est à noter que des obligations similaires en matière de conformité fiscale existent pour les fiducies, mais elles ne sont pas abordées dans le cadre du présent article.

1. Article 54 du Code de déontologie.
2. Article 45 du Code de déontologie.
3. Article 26 du Code de déontologie.
4. Article 19 du Code de déontologie.
5. Une chaîne de blocs est une base de données dans laquelle les transactions sont enregistrées de façon chronologique. Chaque chaîne de blocs est assimilée à une base de données distincte sur laquelle un contribuable effectue des transactions à l’aide d’une ou plusieurs adresses. Les transactions inscrites sur une chaîne de blocs comportent plusieurs champs d’information, tels la date de la transaction, le résumé des opérations effectuées, et le montant de frais de réseau payés.
6. AGENCE DU REVENU DU CANADA, Interprétation technique 2024-1031821I7, Crypto custodial staking on CSA-compliant platform, 17 janvier 2025.
7. AGENCE DU REVENU DU CANADA, Interprétation technique 2025-1050641E5, Losses on obsolete crypto inventory, 10 avril 2025.
8. Ces facteurs sont repris du Bulletin d’interprétation IT-479R (archivé) Transactions de valeurs mobilières. Le Bulletin d’interprétation IT-459 (archivé) Projet comportant un risque ou une affaire de caractère commercial aborde également ces critères.
9. Les pertes d’entreprise sont déductibles à l’encontre de toutes sources de revenus. Elles peuvent être reportées aux 3 années antérieures ou aux 20 années subséquentes.
10. Les pertes en capital sont déductibles à l’encontre des gains en capital nets uniquement. Elles peuvent être reportées aux 3 années antérieures ou indéfiniment dans le futur, jusqu’à concurrence des gains en capital nets réalisés.
11. Voir les sites Web de l’ARC et de Revenu Québec.
12. Page Web de l’ARC : Tenir des registres comptables liés aux cryptoactifs pour la production de déclarations de revenus.
13. Ce nouveau formulaire est applicable aux exercices terminés le 31 décembre 2025 ou après.
14. La question de l’assujettissement des cryptoactifs aux formulaires de biens étrangers est à l’étude par les autorités fiscales. Pour plus d’informations sur la question, nous vous invitons à consulter l’article « Cryptoactifs et divulgation des biens étrangers » publié dans le Focus sur la fiscalité canadienne de la Fondation canadienne de la fiscalité.
15. Pour plus d’information, consultez la page Web de l'ARC : Percevoir et verser la TPS/TVH liée aux transactions de cryptoactifs.
16. Pour plus d’information sur les exigences de conformité fiscale en taxes à la consommation, veuillez consulter la sous-section « Taxes » dans la section « Entreprises » du site Web de RQ.
17. Entre autres, le cryptoactif doit constituer un « effet de paiement virtuel » au sens de l’article 123(1) de la Loi sur la taxe d’accise.


À propos de l’auteur

Simon Domaine, CPA, LL. M Fisc
CPA et titulaire d’une maîtrise en fiscalité, il est le fondateur de Token Expert, une société œuvrant depuis 2023 dans le domaine des services comptables et fiscaux spécialisés en actifs numériques. Avant de fonder Token Expert, Simon a travaillé chez PwC Canada, où il a collaboré avec une clientèle diversifiée en comptabilité et en fiscalité. Il a notamment acquis une expertise dans les activités liées aux protocoles DeFi, aux jetons non fongibles (en anglais, NFT), aux mises en jeu (en anglais staking) et à la négociation d'actifs numériques. 

Avec la précieuse collaboration de :

Jean-François Thuot, FCPA, M. Fisc.
Associé, PwC
Membre du Groupe de travail technique – Fiscalité et taxes à la consommation de l’Ordre des CPA du Québec

Julie Chamoun, CPA, M. Fisc.
Conseillère en fiscalité, Ordre des CPA du Québec

Josée Messier, CPA
Directrice, Pratique et développement professionnels – Fiscalité, Ordre des CPA du Québec

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